FORMATION CONTINUE et CONSEIL

Des techniques psychophysiologiques et mentales à une pleine conscience


Extrait du mémoire « STRESS et FORMATION à l’URGENCE : un pont entre instincts, émotions et raison »  pour  le diplôme  inter universitaire de  pédagogie  appliquée à l’enseignement  des  soins  d’urgence et  des  risques  sanitaires, écrit par Isabelle Maujean (2009-2010)


Les techniques psychophysiologiques et mentales sont bien connues, tout d’abord par les thérapeutes en TCC ou « Thérapie Cognito Comportementale » qui travaillent sur les trois dimensions du stress selon le schéma suivant :

Ces techniques permettent un changement en contrôlant les trois niveaux : la réaction physique (ce que je ressens) grâce à la relaxation, psychologique par un travail sur les cognitions (ce que je pense), émotionnelle avec la gestion des émotions (ce que je ressens) et comportementale (ce que je fais) par l’affirmation de soi, l’objectif étant d’amener le sujet à une restructuration cognitive et un ajustement de ses réponses ( SERVANT D, Gestion du stress et de l’anxiété, ibd, p177).

Christine Le Scanff cite l’efficacité d’une méthode testée sur des groupes expérimentaux de joueurs de golf, tir à l’arc, en haltérophilie et en lancer au basket : sports de précision demandant une grande concentration dans les secondes qui précédent l’exécution d’une habileté motrice. Cette méthode appelée « Routines » utilise des techniques agissant par voie psychophysiologique ou neurovégétative et par voie cognitive ou pensées en combinant l’auto suggestion, la concentration, la relaxation, le contrôle respiratoire et l’imagerie. La baisse de l’activité du système nerveux sympathique, considérée comme l’inverse des manifestations neurovégétatives concomitantes à l’émotion, a été objectivée par une réduction de la fréquence cardiaque et respiratoire, de l’électromyogramme, de la conduction cutanée et une augmentation des ondes alpha (EEG). La fonction principale de ces exercices serait de mettre en place une sorte d’échauffement psychologique et physiologique immédiatement avant la performance qui éviterait le retour négatif du contrôle conscient et favoriserait le traitement automatique. L’imagerie ou encore la concentration sur un éveil corporel ou sur un élément extérieur éviterait la tentation de se concentrer sur la performance. Ils incluent aussi la suggestion, base de l’hypnose et de la relaxation, avec « l’affirmation de sa propre efficience » (Bandura) par la répétition d’une formule de calme ou de confiance ou d’auto instructions. Les contrôles respiratoires et des minis exercices de relaxation rapide modifient la tension musculaire et induisent une détente psychique. Il est possible d’apprendre à déclencher ainsi le réflexe de relaxation de façon automatique en évoquant simplement une sensation kinesthésique ou une image. Inversement un sujet ayant bénéficié de cet apprentissage peut obtenir une « mise sous tension » rapide en réalisant certains mouvements ou pensées stimulantes associés à une imagerie symbolique d’affirmation (par exemple visualiser un tigre qui bondit). A un stade avancé le processus peut être si bien intégré qu’il n’opère plus à un niveau conscient.
Ces routines peuvent donc être mises en place à différents moments clés, avant, pendant ou après la performance et peuvent aussi s’apparenter à des rituels comportant plusieurs étapes et surtout peuvent être dépendantes de l’activité mais surtout des caractéristiques individuelles ce qui laisse le choix à chacun de s’approprier certains exercices plus que d’autres en fonction de son état émotionnel.

On retrouve ce type d’exercices dynamiques (appelés aussi routines) associant position, respiration, mouvements et visualisation dans certains arts martiaux tels que le Taijiquan (taichichuan) et le QiGong qui à la base aidaient les guerriers à générer concentration, énergie, force et coordination (CLARK Angus Découverte et initiation QIGong, 2001) autrement dit compétences et autodétermination ou réalisation de soi.

D’autres thérapies cognitives comme le Mindfulness Based Cognitive Therapy basée sur la pleine conscience préconise tout simplement de « changer sa façon de faire attention » ou d’ouvrir son attention : « l’open focus » (LES FEHMI et ROBBINS J, La pleine conscience, éd Belfond, 2007) . En étudiant les ondes produites par le cerveau, des scientifiques auraient validé que si dans les situations d’urgence l’attention, en prévision de la fuite ou de l’affrontement, se réduit en une vision étroite et un examen circonscrit de l’environnement, au détriment de l’examen des faits et de la déduction, le simple fait d’élargir à ce moment là son regard de façon panoramique activerait des ondes cérébrales à hautes fréquences ce qui amélioreraient spontanément une évaluation plus objective de la situation. De la même façon lorsque nous regardons une belle image à la télévision, ce que nous voyons n’est en fait qu’un vaste déploiement d’éléments digitaux appelés pixels, si nous devions fixer ces éléments isolés nous verrions des points au lieu de l’image .

Cette réponse instinctuelle est la même que celle décrite par Peter A Levine coordonnée à ce qu’il appelle «  la perception attentive orientée ». Cette attention large et ouverte à ce que l’on voit et ressent ouvrirait notre conscience et activeraient nos ressources mentales et physiques. Cet instant « 0 » n’a pas besoin d’être long : on a vu que le « Here and now » calait automatiquement le cerveau reptilien sur son tonus relax et qu’il fallait ¼ de seconde pour que les récepteurs sensoriels réinitialisent la mémoire de travail en « live ». Si les urgentistes expérimentés répètent aux ardents néophytes « qu’urgence ne veut pas dire précipitation » c’est bien parce qu’ils ont acquis par expérience un temps de recul et d’exploration circonspecte de l’environnement, du patient et de fait une métaconscience, ou intuition, de la situation. C’est à dire qu’ils sont à la fois observateur et acteur, dedans et dehors, présent et dans l’anticipation de la pluralité des réponses tout en allant à l’essentiel. Le plus grand paradoxe en urgence, c’est que le temps s’arrête et que la notion d’espace disparait. Les chercheurs nord américains en éducation médicale ont bien identifié ce « processus non analytique » de reconnaissance immédiate du problème qui permet d’acquérir un jugement clinique de qualité. (NENDAZ M, CHARLIN B, LEBLANC V, BORDAGE G, Le raisonnement clinique : données issus de la recherche et implications pour l’enseignement, Pédagogie Médicale 2005)

Philippe Perrenoud (PERRENOUD P, De la reflexion dans le feu de l’action à une pratique réflexive, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation Université de Genève, 1998) nous parle aussi « d’improvisation réglée », mélange de logique et d’intuition, qui fait abstraction de la pensée rationnelle pour faire confiance à des configurations globales d’indices plutôt qu’à l’analyse fine de chacun. Il cite une comparaison intéressante avec la conduite automobile : «  la vision du novice s’apparente à la vision nocturne et limitée à l’éclairage projeté…, alors que celle de l’expert évoque la vision diurne, le champ appréhendé présentant une plus grande ouverture capable de détecter le moindre mouvement et d’y répondre aussitôt de façon programmé, au hasard ». C’est selon lui une capacité propre à l’expert, appelée aussi « pratique réflexive » ou « connaissance dans l’action » que de «  réfléchir conjointement dans l’action et sur l’action en cours et sur son environnement, qui impose des contraintes et offre des ressources ».

Après avoir mis en évidence qu’apprendre n’est pas seulement cognitif, établi les relations entre émotions et apprentissage, et parvenu à trouver plusieurs moyens pour faire face au stress en situation difficile et mobiliser ses ressources, nous allons maintenant exposer la recherche.

L’objectif sera de valider l’hypothèse suivante : quelques minutes d’exercices psychocorporels diminueraient les réactions émotionnelles pendant une mise en situation contextualisée, favoriseraient le contrôle de la situation et augmenteraient le sentiment d’efficacité des apprenants.